Actualité philosophique
Je travaille actuellement à l’écriture d’un ouvrage à la frontière de l’essai, de l’autofiction et de la philosophie. J’y interroge la manière dont la philosophie est aujourd’hui enseignée et transmise en France, le poids de sa tradition académique et les formes de légitimité qui déterminent qui a le droit de penser et de philosopher.
Actualité théâtrale
Je mets actuellement en scène, avec la compagnie Les Locomotives de Vitrolles et en collaboration avec Le Mille-Feuille à Aix-en-Provence et à Marseille, une pièce dont je suis l’autrice, Les Noms du père. Ce spectacle explore les traces laissées par la guerre d’Algérie dans les histoires familiales et interroge les silences, les héritages et les mémoires qui se transmettent d’une génération à l’autre.

Les noms du père raconte l’histoire de Teddy, un jeune homme qui reçoit une lettre de son père mort.
À travers cette parole posthume, il découvre que son histoire familiale est prise dans un enchevêtrement de secrets, de silences et de violences héritées de la guerre d’Algérie. La pièce interroge la filiation, la transmission et la possibilité de dire la vérité quand celle-ci menace de tout faire s’effondrer.
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- Durée : 1h30
- Nombre de personnages : 8
- Prochaines dates : Octobre 2026 au théâtre du Mille-Feuille à Marseille.
Les noms du père est une pièce sur la filiation, le silence et la parole.
Elle s’ouvre sur une question philosophique simple et vertigineuse : faut-il dire la vérité, ou vaut-il mieux se taire ? Mais très vite, cette question abstraite se heurte au réel, au corps, à l’histoire, à la violence des héritages.
À la mort de son père, Teddy reçoit une lettre. Une longue lettre écrite dans l’urgence, presque dans la fièvre, par un homme qui n’a jamais su être père. C’est ainsi qu’il découvre que son histoire familiale est traversée par un passé colonial enfoui, par une violence raciste jamais nommée, et par une filiation profondément fracturée.
La pièce fait dialoguer plusieurs temporalités : la France des années 2000, marquée par le silence et le déni ; l’Algérie des années 60, déchirée par la guerre d’indépendance ; et les années 80, où se rejouent, sous d’autres formes, les mêmes rapports de domination et d’aveuglement. Les corps, les langues, les noms circulent, se déplacent, se déforment. Les pères changent de nom, les filiations se brouillent, les identités ne tiennent plus.
Au cœur de la pièce, il y a une impossibilité : celle de faire coïncider les récits officiels avec le vécu, les rôles assignés avec le désir, la raison avec la violence du réel. Les personnages tentent de rationaliser, d’expliquer, de classer. Mais la vérité ne se laisse pas enfermer. Elle surgit de manière excessive, parfois folle, souvent insupportable.
Les noms du père met en scène l’échec de la parole comme celui du silence. Dire peut détruire. Se taire peut tuer. Entre les deux, les personnages cherchent une issue, une parole qui ne serait ni mensonge ni déni, mais une parole capable de rendre le réel habitable.
La pièce s’inscrit dans une écriture du sensible et de la fêlure. Elle ne cherche ni à réparer, ni à réconcilier, ni à juger. Elle explore ce que produit, sur plusieurs générations, un héritage colonial non digéré, et ce que devient un sujet quand il est sommé de vivre avec des trous dans son histoire.
Mon parcours artistique
Je suis arrivée au théâtre par la philosophie. Ou peut-être l’inverse : c’est en faisant du théâtre que j’ai découvert ce qu’était véritablement la philosophie.
Pendant longtemps, j’ai cherché dans les concepts une manière de comprendre le monde. Mais quelque chose résistait. Les idées ne me suffisaient plus. J’avais besoin des corps, des voix, des silences, de tout ce qui échappe aux concepts et qui pourtant dit quelque chose de profondément vrai.
Le théâtre est devenu ce lieu.
Depuis une dizaine d’années, j’écris, je mets en scène et je joue. Mon univers se déploie entre le conte théâtral, l’autofiction et le théâtre d’auteur, autour d’une même interrogation : comment faire éprouver ce qui ne peut pas seulement s’expliquer ?
Mes spectacles traversent des thèmes qui me sont chers : la mémoire, la filiation, l’identité, l’enfance, les héritages familiaux ou encore le pouvoir des mots. Ils ne cherchent pas à délivrer un message, mais à faire naître une expérience sensible, où le spectateur est invité à ressentir autant qu’à penser.
Au fil des années, j’ai écrit et mis en scène plusieurs créations originales. Le Cœur de la Gitane, créé avec la compagnie La Famille au Théâtre Le Flibustier à Aix-en-Provence, a connu une cinquantaine de représentations avant d’être accueilli en tournée. J’ai également écrit et mis en scène La balle est dans ton camp, une commande de la Ligue Méditerranéenne de Football Féminin consacrée à la lutte contre les stéréotypes sexistes dans le sport.
Le Petit Prince a occupé une place particulière dans mon parcours. Je l’ai adapté une première fois dans le cadre d’un atelier de création, en le transposant dans un univers urbain contemporain où le Petit Prince devenait un adulte en situation de handicap. Quelques années plus tard, j’en ai proposé une nouvelle adaptation pour la compagnie Le Mille-Feuille à Marseille, pensée comme une forme courte destinée à l’espace public. Ces deux expériences ont été pour moi un formidable laboratoire de dramaturgie et de mise en scène.
En parallèle, je n’ai jamais cessé de jouer. Du conte théâtral à la comédie, le plateau reste mon premier lieu de recherche. J’ai notamment exploré les codes du café-théâtre en interprétant Strip Poker avec la compagnie Les Wagons Libres, avant de mettre en scène Ce que les hommes pensent du couple, où j’ai approfondi le travail du rythme comique et des mécanismes du rire. Cette pratique de comédienne nourrit aujourd’hui encore ma manière de diriger les acteurs.
Ma formation s’est construite auprès de plusieurs compagnies qui ont profondément marqué mon parcours. Au Mille-Feuille, à Marseille, sous la direction de Ken Michel, j’ai découvert la création collective et participé pendant plusieurs années aux ateliers dirigés par Maïlys Castets. C’est auprès d’elle que j’ai appris les exigences du jeu, de la présence scénique et de la mise en scène, avant de poursuivre ce travail au sein de sa compagnie Evohé, à Vitrolles. J’ai également développé mon parcours auprès d’Alexandre Robitzer, au Théâtre Le Flibustier à Aix-en-Provence, où j’ai trouvé un espace privilégié pour faire vivre mes textes, jouer et approfondir mon travail d’autrice.
Aujourd’hui, je poursuis cette recherche à travers l’écriture, la mise en scène, le jeu et la transmission.
Je considère le théâtre comme un art du vivant. Un art qui ne consiste pas seulement à raconter des histoires, mais à faire naître une présence, une rencontre, une pensée en mouvement.
Note d’intention artistique
L’étranger en héritage
Je suis née dans les quartiers nord de Marseille, à la fin des années quatre-vingt. Mon histoire est marquée par l’absence de mon père, immigré d’Algérie, mais surtout par le regard que la famille maternelle a porté sur lui — un regard hérité de l’imaginaire colonial. De cette absence et de cette altérité est né un moteur essentiel de mon travail : penser et habiter le point de vue de l’étranger.
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Mon père que je ne connaissais pas appartenait, aux yeux de ma famille maternelle, à une humanité moindre. Mon grand-père, pied-noir d’Algérie, parlait des étrangers comme de ceux qui n’étaient pas européens, pas de la race supérieure. Mon père faisait partie de ceux-là.
Le sang de l’étranger coule dans mes veines. Il fait partie de moi. Je me suis identifiée à lui, à l’autre, à celui qui inquiète, dérange, fait peur — et qui, pour cette raison même, fascine.
Il y a dans cette altérité non absorbée, dans ce trou laissé ouvert, quelque chose qui me met au travail.
Je m’intéresse aux histoires fracturées, aux identités instables, aux filiations impossibles. Mon travail ne cherche ni à réparer, ni à refermer, ni à surmonter. Il cherche à rendre ce trou habitable, cette fêlure supportable. À produire du sens là où il y a du trouble, de la confusion, de l’inassignable.
Récits et Identités imposés
Enfant, on m’a raconté beaucoup d’histoires sur moi. Elles étaient toutes fausses. Ces récits, loin de me définir, ont révélé un écart fondateur entre ce que l’on dit d’un sujet et ce qu’il éprouve. Depuis, j’observe la manière dont les personnes tentent de s’enfermer dans les rôles qu’on leur assigne, ou au contraire d’y échapper.
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Ma grand-mère disait que j’avais cinq pères — mes oncles et mon grand-père.
Ma mère disait que mon père était un voleur d’enfant.
Un de mes oncles disait que j’étais privilégiée d’avoir l’amour et l’attention de mes grands-parents.
Tous ces récits étaient des fictions. Les places qui m’étaient attribuées répondaient moins à ce que j’étais qu’aux besoins et aux fantasmes des autres.
Cette logique s’est poursuivie plus tard : à la petite fille aux cinq pères ont succédé la professeure de philosophie, puis l’épouse, puis la mère.
Ces rôles demeurent pour moi extérieurs, artificiels. Je ne parviens pas à m’y réduire.
Ce décalage — entre ce que je sens et ce que l’on dit de moi, entre ce que je désire et la place où l’on m’assigne — est un moteur essentiel de mon travail artistique. J’observe les tentatives du sujet pour s’y enfermer, ou au contraire pour s’en libérer.
L’échec de la raison
La philosophie m’a structurée, m’a appris à penser. Je l’enseigne aujourd’hui : c’est ainsi que je gagne ma vie.
Mais quelque chose, dans la raison elle-même, m’a toujours résisté. J’ai toujours éprouvé un malaise.
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Le discours philosophique, lorsqu’il est ancré dans le vécu, peut produire du sens et de la clarté — et cela est précieux. Pourtant, il y a pour moi un échec irréductible de la raison.
Il existe dans le réel sensible une part qui ne se laisse pas attraper par la logique. Penser, c’est toujours rater un peu son objet.
J’ai très tôt perçu ce malaise. Je le transforme aujourd’hui en motif littéraire et dramatique.
Je m’intéresse à ce point précis où la pensée dérape, où la rationalité se heurte à ce qui lui résiste. À la manière dont les sujets tentent de rationaliser leur expérience, de la rendre cohérente, dicible, maîtrisable.
Il y a du style, et même de la beauté, dans nos différentes façons d’échouer.